Orange et Bouygues Télécom, un mariage à hauts risques

Publié initialement sur Linkedin

Bouygues Télécom devrait être cédé, pour partie, à Orange : sa branche téléphonie quitterait ainsi le giron du groupe. L’opération se matérialisera par un échange de titres (principalement) et amènera le groupe au capital d’Orange. C’est ce que souhaite son Président Directeur Général, Martin Bouygues. Toutefois, cette volonté n’est guère appréciée par l’Etat qui possède 23 % d’Orange et encore moins par l’Autorité de la concurrence qui y voit un rapprochement dangereux entre deux géants du secteur.

En effet, sous cette « vente » se cache une vraie stratégie offensive de la part de Martin Bouygues qui se trouverait ainsi en position, sous peu, d’occuper un pouvoir croissant au sein d’Orange. Des mesures d’anticipation ont été déployées, l’Etat ne souhaitant pas perdre la main sur un des fleurons français de la téléphonie mobile.

Toutefois, l’entrepreneur est rusé et a par le passé déjà largement montré sa détermination à obtenir ce qu’il convoitait.

A partir d’un jeu de chaises musicales avec SFR et Free (une partie des parts, des boutiques de B. T. et de la masse salariale seront cédées) et sur fond de risque de constitution de position dominante (ensemble Bouygues et Orange disposeraient de 55 % de parts de marché), Martin Bouygues prépare un coup de maître.

Il sera toutefois intéressant de vérifier si le consommateur sort gagnant de ces arrangements entre géants de la téléphonie mobile ou si ce rapprochement ne lui profite pas.

Si l’arrivée récente de Free sur le marché avait conduit à une baisse généralisée des prix, il est peu envisageable que le rapprochement de deux géants en fasse de même. Toutefois, il est parfaitement possible qu’apparaissent de nouveaux concurrents: la diversification des acteurs du secteur bancaire, par exemple, favorisant l’émergence d’une offre mobile couplée à un compte et à des moyens de paiement et d’assurance.

A l’ère du tout-numérique, il faut aussi un instrument connecté pour remplacer la traditionnelle carte bancaire : le smartphone marque l’avènement du paiement facilité et des transactions instantanées parfois hors système bancaire traditionnel. Le tout par le biais d’instruments intelligents et hyper-sécurisés (Visa sans contact avec son téléphone, innovations Google, Apple, Paypal). Il s’agit, là encore, d’un marché en pleine construction où la concurrence assurera un juste équilibre des prix.

A cela s’ajoute que les normes européennes, en matière de téléphonie mobile, visent à une harmonisation croissante des prix : gageons que, sous peu, les groupes nationaux seront supplantés par des structures à l’échelle européenne qui tireront les prix vers le bas pour conquérir ce nouveau marché en pleine constitution.

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